« Pékin n’est pas prêt pour une libéralisation totale du yuan » : l'interview de Jean-Pierre Cabestan pour Le Monde le 28 novembre 2015

Mercredi 02 décembre 2015

Tags : Politiques économiques - Développement économique - Chine

Jean-Pierre Cabestan est directeur de recherche au CNRS et chercheur associé à Asia Centre (Paris) et au Centre d'étude français sur la Chine contemporaine (Hong Kong). Découvrez son interview dans Le Monde sur la libéralisation de l'économie chinoise, la dévaluation du yuan et sur la très probable intégration par le Fonds monétaire international du Yuan (Renminbi) dans son panier de référence – les « droits de tirage spéciaux » ou "DTS".

La Chine devrait ainsi gagner en reconnaissance internationale, même si l’inclusion dans les DTS ne devrait pas provoquer un afflux de demande en yuans.

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"Le Fonds monétaire international (FMI) s’apprête à intégrer le yuan dans ses droits de tirage spéciaux (DTS). Qu’en pensez-vous ?

Cette décision devrait inciter les dirigeants chinois à poursuivre la libéralisation progressive du système financier et de l’économie. Pour la banque centrale, plutôt réformatrice, c’est une nouvelle étape. L’intégration du yuan dans l’actif de réserve international du FMI ira de pair avec une plus grande convertibilité de la monnaie chinoise. Pour autant, je ne pense pas que Pékin, qui rêve d’un modèle avec des taux fixes, laissera le yuan flotter complètement. En ce sens, la Chine est et demeurera sans doute un acteur financier global atypique.

La libéralisation financière et économique restera incomplète ?

Les réformes économiques et financières sont progressives et conservent un côté inachevé. Le contrôle des capitaux, par exemple, devrait demeurer important. Le gouvernement redoute, en le levant trop vite, de voir l’épargne des Chinois quitter le pays pour aller s’investir là où elle rapporte davantage, aux Etats-Unis ou ailleurs en Asie du Sud-Est. Il y a eu des sorties de capitaux importantes depuis 2014 et, même si ces flux se sont récemment inversés, les autorités ne veulent pas que les réserves de change, ramenées de 4 000 milliards de dollars [3 780 milliards d’euros] en 2014 à 3 500 actuellement [3 300 milliards d’euros], ne fondent trop vite, comme cela s’est produit dans de nombreux pays émergents. La libéralisation du yuan ne sera pas totale.

La dévaluation du yuan à la mi-août n’était-elle pas le signe que les autorités étaient prêtes à laisser le marché jouer davantage ?

On l’a beaucoup écrit ou dit, mais je ne pense pas que cela soit vrai. Le gouvernement a injecté 200 milliards de dollars dans les places de Shanghaï et de Shenzen pour un bénéfice nul, ce qui a été jugé de manière très négative, y compris en Chine. Le premier ministre, Li Keqiang, a décidé de dévaluer le yuan de 1,9 % en août. Cette dévaluation, qui avait l’apparence de la libéralisation, a été très administrative : la bande de variation de la monnaie a été élargie, mais reste à l’intérieur des limites fixées par les autorités. La Chine n’est pas complètement prête pour une libéralisation totale de son économie. La réforme des entreprises d’Etat ou la mise en place des nouvelles zones de libre-échange de Shanghaï et d’ailleurs, voulues par le chef du gouvernement, prennent beaucoup plus de temps que prévu. Le ralentissement de la croissance avive le débat politique sur les réformes et leur rythme. Le FMI le sait. Et il a choisi d’encourager les plus réformateurs des Chinois." Ces propos ont été recueillis par Claire Guélaud

Jean-Pierre Cabestan est directeur de recherche au CNRS et chercheur associé à Asia Centre (Paris) et au Centre d'étude français sur la Chine contemporaine (Hong Kong). Il est depuis 2007 professeur à l'Université baptiste de Hong Kong et directeur de son département de science politique et d'études internationales. Il a été de 2003 à 2007 directeur de recherche au CNRS, rattaché à l’UMR de droit comparé de l’Université de Paris 1. Il a dirigé de 1998 à 2003 le Centre d’études français sur la Chine contemporaine situé à Hong Kong ainsi que ses publications, Perspectives chinoises et China Perspectives.

Ses principaux thèmes de recherche incluent les réformes juridique et politique en Chine populaire, la politique étrangère et de sécurité chinoise, les relations Chine-Taiwan et le système politique taiwanais. Jean-Pierre Cabestan est docteur d’Etat en droit (Université de Paris 1, Panthéon-Sorbonne, 1988) et diplômé de chinois (Maîtrise de langues et civilisations orientales, Université de Paris 7, Jussieu, 1979). En savoir plus ici.


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Asia centre

Asia Centre Fondé en août 2005 par François Godement et une équipe de chercheurs et experts de l’Asie contemporaine, Asia Centre a pour objectif de conduire des recherches sur l’Asie contemporaine, d'organiser des débats et de valoriser, par des publications, les résultats de ces recherches et rencontres.